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"Je persiste à croire que dès l'origine, je parle des Origines que la science peut établir, l'homme avait la propension à se servir de son prochain au même titre qu'il considérait, et considère encore, tout ce qui se trouve à sa portée comme de possibles outils à utiliser pour satisfaire ses besoins et ses envies. C'est un animal industrieux ; c'est un industriel, et le meilleur article de ses rayons est l'homme."Jo était attablé avec ses amis dans le jardin attenant à la maison de sa sur. Un cerisier sans âge fournissait l'ombrage nécessaire tandis qu'à quelques pas une haie de bambous aux pousses frêles s'aidait du vent pour dispenser une musique de fond, monotone certes, mais discrète. Le mécanicien et ses amis avaient répondu à l'invitation de la sur pour un séjour de quelques jours ; les dieux avaient accepté à la grande fierté de Jo. Les invités poursuivirent leurs échanges sur l'esclavage, ou plutôt, Jo écoutait ses amis dérouler leurs réflexions sur les actes de l'homme vis à vis de l'homme, passant d'une époque à l'autre et d'une société à sa voisine. Pour le mécanicien, ce qui l'étonnait et le passionnait par dessus tout, c'est l'étendu de la vision avec laquelle ses hôtes considéraient les thèmes qu'ils choisissaient de développer. Ils voyaient l'homme comme une entité unique dont les différentiations en société n'étaient que des accidents de parcours, des accidents mineurs mais aux conséquences redoutables. Une telle vision était une nouveauté pour Jo ; certes, il se reconnaissait comme appartenant à la grande famille humaine, mais depuis toujours, la société dans laquelle il avait grandi lui apparaissait comme une nécessité au même titre que l'existence d'autres sociétés. S'il admettait une concertation entre tous ces groupes d'humains, la hiérarchie qui prévalait ne lui posait aucun problème particulier ; il n'avait jamais songé à y situer la source des maux qu'il était prêt à déplorer. Jo n'était pas encore en mesure d'épouser toutes les conclusions de ses amis, mais il découvrait qu'une autre vision de la société humaine était possible ; une autre vision du monde dans son état actuel, et plus encore dans son devenir, gagnait peu à peu sa conscience ; toutefois, il ne s'en faisait pas un motif de combativité , bien qu'il écoutât ses amis avec plaisir et curiosité.
Le jardin offrait un cadre serein, favorable à la poursuite de la leçon ; car, c'était de cela qu'il s'agissait, c'était en élève qu'il se situait par rapport à aux dieux Fa et Lêgba ; mais il ne pouvait admettre que le comportement des hommes entre eux résulte d'une action, dont le but serait une entente harmonieuse, qui comporterait de multiples étapes programmées, et l'une de celles - ci serait l'esclavage. Pour lui, l'homme tout naturellement avait une propension à asservir tout ce qui pouvait l'être y compris d'autres hommes. Ce fut Fa qui le premier lui répondit ; la réplique fut brève, elle prit la forme d'une interrogation. Fa lui dit :
- Pour toi en somme, l'homme est un animal comme un autre, ses actes résulteraient d'un instinct qui est propre à tous les animaux ; dans ce cas où devons - nous placer l'espoir ?
- Ah oui ! s'exclama le mécanicien ; c'est un animal , rien de plus ! Sauf, peut - être que la crainte le conduit souvent à rechercher une position d'attente, une position à partir de laquelle, quand il jugera l'instant propice, il pourra porter ses attaques dont le but essentiel est la domination.
Le mécanicien avait un air goguenard quand il tenait ces propos ; on aurait dit qu'il se connaissait bien et connaissait parfaitement ses semblables ; il semblait ne rien attendre d'eux ; était - il désabusé de la vie ? on pourrait le supposer en l'écoutant, mais plus que les mots , ce sont le ton et les mimes qui les accompagnaient qui donnaient cette impression. Quand il se fut tu, Lêgba qui était resté attentif au discours dit simplement sans le quitter des yeux : " Je vois ! ! ! "
- C'est exact Jo, concéda Fa à son tour, mais c'était dit pour aborder plus sérieusement le sujet ; le dieu développa ensuite le thème ; il dit:
- C'est exact, si tu ne retiens dans l'homme que son côté animal ; je ne dis même pas biologique. Un aspect animal qui nie qu'un quelconque élément spirituel puisse cohabiter en lui avec la bestialité. Bien sûr, si l'homme ne suivait que son seul instinct , sans y appliquer la capacité de discernement qui est en lui, on aboutirait sans doute à ce que tu dis du tempérament humain. Reconnais que tu es désabusé, non par expérience personnelle des choses de la vie, mais désabusé par procuration en ce sens que tu tiens un discours qui n'est, si je peux dire, que la légende des sociétés Tu dois admettre que la réalité est tout autre que ces rumeurs que tant de générations successives avaient colportées au point de faire oublier la nécessité de la méditation ; l'homme n'est pas ce que tu en dis , et cela quelque soit le type de société et quelque soit le niveau culturel des dites sociétés. Lêgba nous dresse un tableau du parcours humain dont le but avoué est d'aller de l'animalité à l'humanité, même si certaines sociétés ou bien certains individus n'en ont encore qu'une perception imparfaite. Et crois moi, de ce parcours, l'humanité en a déjà fait une bonne partie . Nous avons considéré plus précisément les voies et parfois les moyens de cette démarche...
- Oui, à ce propos, vous me disiez qu'une autre démarche, une démarche parallèle et concurrente de celle de la Grèce antique et de celles qui émergèrent du monde oriental, visait également à proposer une méthodologie différente par ses méthodes et non dans ses buts.
C'était une embardée par laquelle le mécanicien souhaitait ramener le discours sur le comportement de l'homme face à son prochain au point où ses amis l'avaient laissé ; il était impatient d'en entendre la suite. L'intervention du mécanicien mit fin aux propos de Fa ; il se le reprocha. Ce fut Lêgba qui prit la suite pour poursuivre l'analyse.
- C'est ce que nous pouvons appeler la voie de la Synagogue répondit Lêgba tandis que Fa avait regagné son lieu de silence. Le dieu des croisements se tut à son tour après ce préambule qui semblait annoncer un développement important ; Jo gardait le silence lui aussi ; il attendait la suite sans savoir lequel de Fa ou de Lêgba allait donner l'explication de la voie qu'on venait de lui annoncer comme étant celle de la culture sémite. Un instant de silence encore entre les trois amis, et Lêgba reprit la parole ; le mécanicien n'en était pas surpris, il savait que toute explication, dès lors que celle - ci entraînait un long développement qui était lié au réel était toujours le fait du dieu Lêgba. Celui - ci se leva du fauteuil de toile dans lequel il se prélassait ; il fit le tour du siège et vint se placer derrière, les mains reposant sur le haut du dossier ; c'était un tube d'acier sur lequel la toile était fixée. Il tritura un instant l'étoffe écrue tout en regardant ses doigts à l'uvre ; le mécanicien l'observait en silence ; Fa se frottait le menton, son esprit était ailleurs, son attitude en donnait l'impression à Jo ; on aurait pensé en le voyant dans cette posture que ce qu'allait dire son confrère ne pouvait le concerner ou bien alors, que ce ne pouvait être une nouveauté pour lui. Une abeille vint se poser sur le front du dieu, celui - ci poursuivait, imperturbable, le massage de son menton ; l'insecte constatant sa méprise reprit sa quête : la recherche d'une source de nectar peu divin sans doute, mais oh combien nécessaire à sa survie ! Fa n'avait pas bronché ; l'abeille s'en alla, déçue. Lêgba suivit du regard la course de l'insecte un moment puis il commença la leçon :
- Si la Grèce comme l'Asie avaient fait porter l'essentiel de la démarche éducative en direction du groupe, avec de profondes différences certes entre les deux, la voie hébraïque assigne un rôle prépondérant à l'individu, mais en l'intégrant très fortement dans le groupe plus qu'ailleurs car ici, ce n'est pas seulement le besoin de se regrouper pour assurer sa défense qui est l'unique liant. Il faut, pour revenir sur ce que nous avions dit , signaler que l'Eglise joua un rôle de pont. Formellement, l'Eglise est issue du judaïsme, elle revendique les mêmes fondements que celui - ci, c'est la première extrémité du pont ; la seconde étant la pensée grecque, nous avions vu ce qu'était le fondement de cette pensée et ses conséquences, l'Eglise avait su l'intégrer magistralement dans son fond de commerce pour en faire une donnée universelle et un outil pour la pensée, plus que la Grèce antique ne l'avait fait. La première extrémité, le judaïsme, proposait et propose toujours une autre structuration de sa société ; ici, le groupe et l'individu ont leur importance propre et bien distincte ; c'est le premier particularisme - je te rappelle que pour la Grèce l'individu avait à se plier au groupe - Le second particularisme vient du fait que le judaïsme distingue deux types de groupes, le sien et tous les autres qui pour cette école de pensée n'en forme qu'un avec quelques nuances . Cette différentiation ne va pas sans problèmes ; on peut penser que tous les peuples l'ont fait , c'était un système de protection, mais à des degrés moindres que dans le judaïsme. L'un de ces problèmes est justement celui qui nous intéresse en ce moment et qui est l'esclavagisme. C'est un fait que toutes les sociétés recherchent l'homogénéité du groupe en un reflex de survie, mais dans la plupart de ces cas cette recherche ne prétend pas à l'exclusivité, pas à ce point ; elle n'est pas aussi fortement exigée ni aussi fondamentale que chez les hébreux. Si tu considères les dieux Grecs, ils n'étaient attachés à aucun groupe particulier, de même les dieux Africains ne limitent pas leurs enseignements à une ethnie particulière ni à une société précise ; Fa comme les dieux grecs voit l'homme ; Lêgba y ajoute la prééminence du réel. Que des ethnies ( Afrique) ou des cités ( Grèce ) se dévouent plus précisément à tel dieu plutôt qu'à tel autre ne traduit qu'une manière de structurer le quotidien ; pour l'essentiel, tous les dieux comptent ; l'esclavage trouve une place là aussi mais seules les peurs de l'autre et les réactions de défense que ces peurs entraînent qui l'expliquent. Le judaïsme propose un Dieu et le met hors de l'individu et hors du groupe, il le met à un niveau qui se situe au delà même du concept - Dieu est inconnaissable à l'homme dit - on . Tous les dieux que nous trouvons ailleurs sont conceptualisés ici , ils sont soumis non pas groupe, mais à l'individu et à lui seul ; c'est à ce niveau que se situe le point central de l'achoppement entre le christianisme naissant et le judaïsme, le premier proposait de soumettre les dieux conceptualisés au groupe, ce que le second a toujours refusé depuis Moïse, semble - t - il, qui avait fixé la ligne de partage ; Dieu est invariant pour les deux écoles bien sûr, alors que les dieux conceptualisés ne le sont pas et ne peuvent pas l'être aussi bien pour le christianisme que pour le judaïsme, autres points de convergence...
- Tu veux dire qu'ici aussi, dans le judaïsme, on peut parler de dieux ? c'est ca ?
- Bien sûr ! cher ami. Répondit Fa qui donna ensuite une source ; il dit : " La loi appelle dieux, ceux qui ont entendu l'Ehad " C'est le Christ qui l'avait dit; tu ne l'avais pas entendu ? L'homme rebuté ne répondit rien à Fa ; rien d'abord, puis il préféra s'éloigner de ce sujet qui semblait en dehors de son entendement ; il revint donc aux anciens Grecs pour souligner ce qu'il avait cru comprendre de leur pensée :
- Oui mais, dit le mécanicien, les Grecs aussi avaient l'équivalent d'un Être Suprême qu'on pourrait identifié au Dieu unique hébreu ...
- C'est exact , mais ayant opté pour une séparation entre le domaine divin et celui de l'homme, cette notion ne joua aucun rôle de premier plan dans leur structure pédagogique. Nous retrouvons cette notion d'Être Suprême ailleurs aussi , je dirais qu'on la retrouve presque partout, dans toutes les sociétés d'hommes. Les différences proviennent du rôle qu'on lui fait jouer ; par exemple, Mawu est seulement remercié ; on le loue ; on se réfère à Lui comme garant de la prière aux dieux mais Il ne joue aucun rôle direct dans la démarche pédagogique. Il en est de même de la philosophie grecque et des philosophies de l'Asie depuis l'antiquité.
La notion de l'Être Suprême dans la Grèce antique était une donnée spéculative qui opposait deux écoles de pensée ; la première école, majoritaire, considérait un Dieu du Bien qui correspondait à ce que nous avons dit de la structure sociale des Grecs ; la seconde école posait comme évident l'existence de deux divinités suprêmes en quelque sorte, ce sont les Démiurges ; il y aurait un demi Dieu du Bien et un demi Dieu du Mal ; les deux seraient en lutte permanente, c'est la base même de la Gnose, pour qui c'est le demi Dieu du Mal qui aurait crée le monde pour qu'il soit si dur à vivre ; deux Démiurges en lutte donc pour cette école, avec des adeptes pour chacun d'eux ; et tandis que pour l'autre ( l'école qui suppose un seul Dieu bon et créateur ) dans ce contexte spéculatif, il n'y aurait qu'un Dieu Bon, et le mal serait le résultat des conditions de l'existence. Tu remarqueras que cette vision rejoint la judaïque et la chrétienne ; ici, le Mal serait une irrégularité qui serait apparue après la création par le Dieu Bon. La science d'aujourd'hui comme tu le sais suppose qu'une irrégularité du continuum espace - temps explosa à un " instant " donné - instant que la science n'est pas encore en mesure de préciser - entraînant le Big Bang dont serait issu l'univers ; mais c'est là, une parenthèse dans notre propos. Certains dans le judaïsme vont jusqu'à dire que le Mal est apparu en Dieu, et le combat est de l'en extirper ; je simplifie, bien sûr. Nul part ailleurs que dans le Judaïsme, le rôle de Dieu, considéré comme l'Unique, n'est aussi essentiel ; ce fut une rupture totale qui était introduite par rapport à ce qui se pensait jusqu'alors. Le judaïsme va faire du constant face à face entre l'homme et son Dieu le principal moteur de toute sa démarche pédagogique. Face à face entre Dieu et l'homme, mais également face à face entre les deux groupes humains que le judaïsme institue comme élément de sa démarche ; c'est là, le second moteur qui s'articule autour d'un pré - requis que suppose l'élection divine. En fait, ce second face à face n'est pas propre au judaïsme seul, on le retrouve partout, au sein des peuples et entre les peuples, sans pour autant atteindre à l'exclusive judaïque ; et pour cause, ce comportement ne se fonde pas dans tous les autres cas sur une élection. C'est un facteur extrêmement important pour la compréhension du problème qui nous préoccupe ; car l'autre, le réprouvé sert de levier à l'action pédagogique, nous y reviendrons, mais dès à présent , tu peux voir là, la signification du rôle pédagogique de la notion d'esclavage conçue comme élément essentiel des relations entre individus mais aussi et surtout comme rapport entre les sociétés. Il faut en sortir si on veut éradiquer le mal.
- Comment ?
- Nous aurons l'occasion d'en parler. Dans le judaïsme c'est dans l'opposition permanente entre les deux groupes que s'insère l'esclavage comme élément essentiel du rouage ; mais ici, il faut donner un sens très étendu à la notion d'esclavage. Tu comprends bien sûr que cet élément parcours les deux ensembles d'humains que le judaïsme présuppose. Comme dans le monde Grec, le système hébraïque n'avait pas besoin de références pour fonder le fait esclavagiste ; les conditions de la vie quotidienne et la nature humaine suffisent pour en dérouler les éléments. Ici également, une soupape de sécurité existe pour que l'individu, fils de Dieu, garde l'espoir d'accéder à un statut supérieur ; une sécurité qui relève autant de son action vis à vis de la Divinité que de celle du groupe en sa direction ; nous avons là, l'aspect pédagogique que je pourrais qualifier d'interne.
- En somme, dit Jo, cela allait de soi !
- Oui et non, répondit Lêgba qui poursuivit : Oui, par le fait que cela découlait des conditions de l'existence ; non, par le fait que fils de Dieu, l'homme en situation de dépendance, l'esclave, se savait placé dans un état provisoire d'où nécessairement il devait sortir avec le temps , avec les temps : c'était l'Alliance, la Promesse. Sa situation était donc passagère : mais, et c'est là encore un élément de la pédagogie, il ne pouvait sortir de cet état que par son action d'une part, et par celle du groupe d'autre part ; l'une ne va pas sans l'autre ; il s'ensuit une solidarité, je dirais obligatoire entre les deux, individu et groupe, ceci au sein de l'ensemble hébreu.
Jo demanda encore :
- Et par rapport à l'autre partie de l'humanité , celle qui est issue de la division que fit le judaïsme et qui n'est pas hébreux, selon toi ?
- L'autre élément, le groupe non - hébreux, quel est son devenir dans la vision juive de la marche de l'homme ? c'est ça ta question ? Seul le christianisme apporte une réponse connue, claire et précise, mais, celle - ci est située à l'horizon des temps. D'une façon générale, entre les deux groupes, hébreux et non - hébreux, c'est la peur de l'autre qui a joué le premier rôle dans un sens comme dans l'autre ; il faut compter également avec un sentiment de frustration du groupe non - hébreux qui peut s'expliquer par son exclusion de l'élection ( ce que corrige le christianisme, nous l'avons vu ) ; une peur qui obéit dans tous les cas au reflex de défense ; c'est le reflex de survie qui tient la première place comme moteur de l'action...
- En somme, nous retrouvons la peur de l'autre...
- Oui, une peur biologique que seule l'action de la pensée peut aider à écarter. Mais il faut pour cela que la pédagogie soit élaborée en ce sens, et ceci ne peut se faire que progressivement...
- Tu disais que l'esclavage joue dans le judaïsme un rôle pédagogique...
- Parfaitement, Jo ; et cela est très clair dans le face à face homme - homme qui se trouve dans la structuration interne au groupe hébreux ; ce face à face n'intervient que dans cette structure interne ; à l'extérieur, c'est le groupe tout entier qui est acteur, l'individu doit s'effacer, et son effacement est exigé avec une rigueur sans faille. Peu importe qui avait institué ce principe, mais, si tu veux en connaître les éléments, il te suffit d'aller lire le récit de la distribution des rôles que fit le Patriarche Jacob lors de sa visite à ses fils en Egypte avant sa mort. La distribution des rôles qui eut lieu à ce moment là selon le récit, jointe à la rigueur dont je parlais donnent une efficacité redoutable au groupe ; mais hélas , cela conduit aussi à une opposition farouche, une opposition sans concession avec l'autre partie de l'humanité ; tu comprends dès lors, l'importance de l'approche du christianisme qui tout en faisant deux groupes lui aussi, laisse la porte ouverte à un rassemblement. ; il est nécessaire cependant que tu fasses attention à la manière de percevoir ce que je viens de dire, car nous n'avons pas examiné les raisons qui fonde le système judaïque ; nous en avons seulement vu la structuration sans en déterminer les raisons ; pour cela il faudrait prendre en compte Moïse qui avait posé les bases semble t - il ; c'est à son niveau que nous pouvons tenter de déterminer les raisons qui fondent véritablement la structure hébraïque.
- Et l'Islam ? tu n'en dit rien ; n'intervient - il pas comme voie d'accès à l'harmonie entre les hommes ?
- Tu as parfaitement raison, c'est aussi une école de formation ; elle est étroitement imbriquée à la juive et à la chrétienne parce que se réclamant des mêmes fondements qu'elles. Tu peux considérer les trois comme les côté d'une pyramide à base triangulaire dont le sommet serait l'incommensurable, mais chacune revendiquant la primauté. La pédagogie se distribue de fait entre les trois pôles, mais on assiste tout au long de l'histoire à une empoignade triangulaire, parfois celle - ci se concentre entre deux pôles, la troisième étant relativement tolérée...
- Côté primauté, il suffirait peut - être de considérer l'antériorité dans le temps , non ?
- Non, Jo, non, car l'antériorité ne confère pas à une idée une valeur supérieure à celle qui serait émise après ; c'est au niveau de l'efficacité qu'il faudrait mesurer la valeur d'un concept. C'est là que se situe l'une des raisons des confrontations entre les trois. Tu peux considérer qu'à l'origine, l'islam apparaissait comme étant destinée à se substitué aussi bien au christianisme qu'au judaïsme....
- Une roue de secours en quelque sorte ?
- Oui, mais une roue de secours qui a su se constitué et faire émerger sa personnalité propre, avec fougue et détermination, la foi oblige ! une roue de secours qui a su pénétrer en profondeur l'esprit de l'homme, nonobstant les avatars introduits par la nature des hommes. L'émergence de l'entité islamique en tant que force constituée et vivante est due également à son alliance ici aussi avec la pensée Grecque tout en produisant ses fruits propres. Mais, tu vois ce t aspect " roue de secours " n'est pas propre à l'ère moderne, elle n'est pas propre au sixième siècle, presque un millénaire plus tôt, l'émergence du fait hébraïque était accompagnée, elle - aussi de sa roue de secours ; il ne semble pas qu'il fut nécessaire de s'en servir, et surtout, elle n'a pas su se hisser au niveau d'une entité agissante et conquérante comme le fera plus tard l'islam...
- Ah bon ? une roue de secours qui accompagnait le judaïsme naissant ?
- Oui, parfaitement ! les tziganes semble - t - il étaient dans cette position.
Le système que la Grèce antique avait mis en place est universaliste, de même que celui qui à cours en Afrique ; il y a l'homme et il y a les dieux; Dieu étant plus lointain ; Il est conçu comme l'Inaccessible, et non comme l'Inutile, surtout en Afrique. Il y a cependant une grande différence entre le système grec et le système africain ; dans le premier cas, il y a les dieux, l'homme doit les vénérer, et il y a la nature dont l'homme doit s'occuper activement et positivement ; comme tu le sais, cette démarche à conduit à tout ce qui est science aujourd'hui. Dans le second cas, c'est à dire en Afrique, on dit que l'ancêtre mythique avait deux fils, l'un, l'aîné demanda aux dieux de le suivre, alors que le second, le cadet demanda aux dieux de passer devant lui. Il faut reconnaître que l'attitude de l'aîné fut préférée, c'est très peu efficace, car l'homme avance très lentement et ne fut pas obligé de courir derrière les dieux comme cela aurait dû être le cas.
- Tout cela ne nous explique pas le quotidien du racisme !
- Non, pas entièrement bien sûr, Jo ! Ce ne sont là que quelques uns des éléments, et ils sont importants. Il y a d'autres données qui entrent en jeux, mais le fondement est celui - la même que nous venons de voir. Un autre facteur qui intervient et qui est commun à toutes les approches que nous avons considérées tient au fait que l'homme est l'unique client de l'homme, mais surtout, il est perçu comme la meilleure marchandise ; et une marchandise qui est active en ce sens que par sa capacité de réaction qui est très étendue, l'homme participe activement, volontairement ou non, à la dynamique du racisme ; il faut être conscient que tous les aspect de l'esclavage sont liés à cette dynamique. C'est dire que quand même la peur de l'autre serait surmontée par l'éducation , par l'ouverture sur le monde, il faudrait encore trouver une autre dimension à l'action humaine, une dimension qui ne fasse pas de l'homme une proie de prédilection pour ses semblables. Il ne peut pas en être autrement ! Tant que l'on n'aura pas trouvé un objectif, je dis bien objectif et non un dérivatif, pour ses passions, ses envies, ses intrigues, ses ambitions, et que sais - je encore, qui ne prenne pas l'autre comme cible, on peut craindre que le concept d'esclavage soit toujours d'actualité. Il y a deux caractéristiques dans la nature humaine qui nous donnent la dimension du problème. L'homme est l'animal le plus fragile, le plus vulnérable de la création ; c'est le seul qui, abandonné à lui - même à la naissance , possède la plus faible chance de survie ; voilà donc la première caractéristique : sa très grande vulnérabilité qui demeure jusqu'à sa mort. La seconde est son potentiel intellectuel, un potentiel fantastique, un potentiel évolutif marqué par une énorme capacité d'acquisition, d'adaptation volontaire et de transmission sans limite. J'insiste sur le volontaire, car, il ne s'agit pas seulement d'une donnée biologique. Ce pouvoir de choix volontaire va décupler ses possibilités et le faire dans des proportions inimaginables, sans pour autant annuler complètement sa fragilité. Est - il nécessaire d'ajouter que le but de toute pédagogie est ou devrait être le renforcement de ce potentiel.
- Mais alors, dit Jo ; quelle autre voie pouvons nous suivre pour que l'homme soit ce qu'il devrait être ?
Le dieu semblait ne pas trouver de réponse à cette question ; le mécanicien avait l'impression que Lêgba attendait un prolongement à l'interrogation avant de s'exprimer. S'attendait - il à ce que le mécanicien exposa un début de solution, une indication sur la manière dont l'homme se situait ou simplement un doute quant à sa conviction ? Fa vint à son secours, il dit :
- Comment la Grèce antique avait elle positionné le fait esclavagiste ? le considérait - elle comme une situation provisoire ? Non, puisque tu disais toi - même que cela allait de soi ; l'individu pouvait mettre en uvre ses capacités en tant qu'homme à part entière pour s'en sortir, et cela se produisit à plusieurs reprises ; alors, vois - tu , la solution peut se trouver dans la liberté inhérente à la nature humaine. Ce point est central dans le développement de l'homme, que ce soit celui des individus ou bien que ce soit celui des sociétés. Il est remarquable que le poids fondamental de la liberté a été souligné de façon magistrale aussi bien par la pensée grecque que par la synagogue ; certes, d'autres systèmes de pensée l'avait fait également, mais c'est dans ces deux cas - là que nous trouvons l'expression la plus achevée de cette affirmation bien que l'une et l'autre avaient choisi des voies différentes pour conduire les hommes vers l'humanité...
- Je ne vois pas , dit Jo avec une petite voix mal assurée, je ne vois pas quels éléments de la pensée grecque ancienne et du judaïsme portent sur le même thème, celui de la liberté de l'Être, pour en souligner la primauté. Je pensais , pour la synagogue en particulier que la primauté revenait au Dieu...
- Si, tu les connais Jo ! Sans doute, n'avais - tu jamais fait le rapprochement entre les deux faits. C'était Lêgba qui reprenait la parole pour développer la réflexion de Fa . Le mécanicien n'était pas surpris de l'irruption du dieu des croisements, le dieu des nuds, dans la conversation à ce moment - là ; l'homme attendait donc l'explication que la divinité allait proposer pour l'éclairer, mais en même temps, il fouillait aussi dans ses souvenirs pour y rechercher légendes, mythes ou points d'histoire... il ne savait pas trop, qui, l'un d'origine grecque et l'autre hébreux , préciserait un seul et même concept ; un concept unique qui devrait concourir selon ses amis à la résolution du problème de l'esclavage vécu comme moteur des actions de l'homme. Le mécanicien ne trouvait rien ; il dit simplement :
- Je ne sais pas. Puis, après un silence, et comme les dieux ne sortaient pas de leur mutisme mais semblaient au contraire attendre une réaction de sa part, il ajouta :
- Non vraiment, je ne vois pas ! Je ne pense pas avoir entendu des légendes... il marqua un temps d'arrêt, un moment d'hésitation avant de conclure abruptement comme s'il lui fallait évacuer très vite une idée qui lui pesait ; il dit :
- De toutes manières, vous savez très bien que je ne suis pas versé dans l'études des légendes et autres mythes ; ceux de mon propre environnement n'y font pas exception. Avoir entendu raconter des légendes et autres contes est une chose, s'en faire un objet de réflexion en est une autre ...;
- De grâce Jo ! intervint Lêgba ; je ne pense pas que tu devrais te mettre en colère ou bien ressentir de l'agacement par nos propos...
- Excuses - moi ; j'étais en colère contre moi - même, car, je vous crois quand vous dites que ces éléments font partie de mes bagages culturels et je m'en veux de n'en avoir pas tiré toute la substance ; c'est tout. Je dois avouer que ce n'était pas ma préoccupation jusqu'à ce que vous fassiez votre apparition ; mais...
Le mécanicien se tut ; il ne jugea pas nécessaire d'en dire davantage ; il était soulagé d'avoir signifié à ses amis qu'il prenait un peu plus chaque jour la mesure des outils que sa culture et son éducation tenaient à sa disposition. L'homme prenait progressivement conscience qu'il lui fallait se donner la peine, qu'il aurait dû fournir l'effort de les utiliser et d'enrichir ainsi son esprit et son entendement ; autant de portes qui s'ouvrent sur l'universel, c'est - à - dire, sur l'homme en tant que support de la pensée.
- Tu vois, reprit Lêgba, Socrate....
- Ah oui ! Socrate ; il s'était suicidé, je crois ?
- Ah non ! non, pas du tout ; pas tout à fait ! Il fut condamné à mort mais il devait s'appliquer la sentence lui - même en absorbant un violent poison. Nous avions dit il y a quelque temps déjà que cette condamnation se fondait sur le non respect, dans son enseignement, de la séparation que fit le Grèce entre le monde divin et le monde profane. La Cité reprochait à Socrate de donner toute la place au naturel au détriment du divin, et que ce faisant, il la dévoyait, et plus précisément la jeunesse. Aujourd'hui, ce n'est pas cet aspect de la question qui nous intéresse ; ce ne sont pas les raisons qui fondent le verdict que nous considérons mais la réponse en acte de Socrate à cette condamnation et l'enseignement que son attitude comporte pour ses contemporains et pour les siècles à venir. On peut dire, et c'est regrettable que ceci ne fut pas souligné avec insistance , que c'est le point d'orgue de son enseignement, c'est cet instant qui en constitue le summum. C'est - à - dire, qu'il choisit la liberté, en tant que concept permanent, de préférence à la vie qui elle, est un concept transitoire. C'est là, ce que nous entendions te faire comprendre. Nous voulons te faire remarquer le niveau extrêmement élevé où Socrate situait la liberté ; ce philosophe signifia ainsi la condition essentielle , la condition unique qui seule peut faire de l'homme un Être. Socrate pour la voie grecque donc...
- Et pour le judaïsme ? demanda le mécanicien ; il se donnait le temps de reconsidérer ce qu'il savait du philosophe Grec.
- Tu vois Jo, l'histoire de Socrate est connue ; on considère avec raison ce grand penseur comme un des piliers de la raison humaine dans sa démarche vers davantage de sagesse ; mais, il n'est pas évident que la culture occidentale d'abord, puis la pensée universelle ensuite donnent toute sa signification à son attitude face à la condamnation à mort dont il fut l'objet. Plus regrettable encore est le fait qu'aucune liaison n'est faite avec cet autre moment fondamental que fut le récit du sacrifice d'Abraham...
- Ah ! C'est ça le côté juif du problème ? s'exclama le mécanicien dès que Lêgba eut prononcé le nom du Patriarche
- Oui Jo ! là aussi, tu connaissais l'histoire et sans doute, lui donnes - tu toute sa signification en tant qu'affirmation d'une foi inébranlable en Dieu. Ce que tu ne mesures certainement pas, c'est qu'en sacrifiant de fait Isaac, c'est Abraham lui - même qui se sacrifiait ; et ce sacrifice, le sien, est davantage porteur de signification que celui de son fils ; car, chaque jour, chaque heure, chaque instant qui lui restait à vivre renouvelait ce sacrifice, et le Patriarche ne pouvait pas manquer d'en avoir conscience ; une conscience aiguë faite d'interrogation et de détermination. L'issue du mythe ou de la légende ou même de l'histoire comme tu voudras, ne change rien à cet aspect du problème, car, l'essentiel était fait ; l'essentiel résidait dans l'acceptation de l'ordre qui lui fut donné et dans son début d'exécution. L'importance de la leçon réside également dans la longue interrogation qui a nécessairement occupé Abraham pendant des jours et des jours. C'est par cette interrogation, c'est par le débat intérieur consécutif à l'acquiescement ou bien à l'acceptation que Socrate et Abraham se rejoignent pour signifier le fait capital qui est la liberté, liberté vis à vis du groupe , et liberté par rapport à la divinité. Que ces deux piliers relèvent de l'historicité ou relèvent du mythe ne change rien à la signification du message. Sans l'acceptation de cette liberté fondamentale de l'individu, tout effort pour éradiquer le fait esclavagiste sera vain. La liberté ainsi reconnue et son respect dans toutes les instances de la vie d'un Etre ne suffisent sans doute pas à elles seules pour atteindre l'objectif d'une société humaine harmonieuse ; il ne faut pas sous - estimer en effet, l'importance du facteur de survie , et le fait que l'homme est jusqu'à nouvel ordre le meilleur article du font de commerce dont dispose l'homme. C'est à ce niveau que se situe le fait que toute relation humaine se définie en fonction d'un rapport de forces ; une situation conflictuelle de fait qui a toujours prévalue....
- Certainement, dit Jo, mais je voudrais considérer à nouveau les deux cas que tu viens d'évoquer pour signifier la place primordiale de la notion de liberté dans les démarches des hommes vers davantage d'humanité ; je veux bien croire que le concept de liberté revêt une telle importance, cependant je dirais qu'être libre, rechercher sa liberté par rapport à l'autre est une tendance innée chez l'homme, il ne m'apparaît pas nécessaire d'appuyer cette propension par les faits que tu relates aussi bien au sujet de la condamnation à mort de Socrate que de l'obéissance sans limites d'Abraham aux ordres de son Dieu. Les deux exemples peuvent se comprendre d'une autre façon ; ils peuvent s'interpréter par d'autres analyses. Il me semble que les fonctions de ces récits, car c'est bien de fonction qu'il s'agit, sont autres que ce que tu en dis. Pour Socrate en particulier, ne s'agissait - il pas plus simplement d'un suicide, un suicide qui serait la conséquence d'un désenchantement, suicide consécutif à une profonde déception ? On peut penser en effet que, s'apercevant de la totale incompréhension des siens, le philosophe conclut que la vie ne valait plus la peine d'être vécue dès lors que les hommes, ses semblables, sont si éloignés de ses idéaux. Il y a une autre explication possible encore : on peut en effet considérer que le philosophe accepte le verdict de ses juges par mépris, mépris pour des hommes qui, pour lui, ne sont pas dignes de la profondeur de sa pensée et de son avance sur ce qui allait de soi à son époque ; ces hommes - là même qui détenaient le pouvoir au quotidien...
- Non Jo ! Non, ce n'est pas ainsi que nous devons analyser l'acceptation de la mort par Socrate, objecta Fa au mécanicien surprit de voir le dieu de la divination réagir avec tant de vigueur ; d'ordinaire, les interventions de Fa sont rares et toujours empreintes de sérénité ; celles - ci se limitaient le plus souvent à quelques indications dont le développement revenait à Lêgba. Le mécanicien saisit l'occasion pour tenter de pousser le dieu à être plus loquace ; il dit en le regardant avec insistance :
- Pourquoi et comment seule votre interprétation serait plus proche de la réalité.?
- Le dieu rectifia aussitôt les propos de l'homme ; Fa pointa le doigt vers Jo et affirma très calmement sans le quitter des yeux :
- Ce n'est pas une interprétation ! Puis, après un silence, il ajouta : ce n'est pas une interprétation ; mais, les relations de ces deux événements telles que tu les connaissais ne sont pas inexactes non plus, elles sont simplement incomplètes. Les explications qui en furent données n'abordent que quelques aspects, importants certes, de ces deux monuments.
Venant de Fa, le compliment surprit le mécanicien mais le dieu n'alla pas plus loin pour proposer par exemple, une justification qui s'imposerait à son esprit. ; Jo attendait. Il était déçu mais il ne trouva rien à dire non plus pour susciter chez Fa un développement plus exhaustif. Son attente ne dura qu'un instant, car, Lêgba reprenait aussitôt la parole ; le dieu retrouvait ainsi le rôle que le mécanicien l'avait vu tenir dès la première rencontre.
- Pourquoi se serait - il suicidé ? demanda Lêgba, et sans attendre la réponse du mécanicien, il poursuivit :
- Il faut considérer toute la vie de Socrate pour comprendre pourquoi on ne peut pas retenir ton explication. Certes, nul n'est en mesure de connaître les pensées ultimes de l'homme à l'instant précis où il quitte ce monde, pas même Fa ne le peut ; il nous reste donc à considérer la vie de Socrate. Toute son existence fut un enseignement ; pour Socrate, vivre c'est enseigner, et il s'y était conformé jusqu'au bout. Esclave et serviteur, il a servi avec sérénité, chacun de ses actes était un enseignement autant à destination des Grands que des Petits de son temps. Affranchi et devenu homme libre, c'est à l'édification de ses semblables qu'il se consacra ; ce fut une continuité. Dans un état comme dans l'autre, c'était en toute liberté qu'il professait. La liberté de l'homme, la liberté véritable de l'individu était au centre de sa pédagogie, mais, il était conscient des limites des hommes ; voilà pourquoi nous ne pouvons pas dire qu'il était désabusé. Ce philosophe ne se faisait aucune illusion sur la nature profonde de ses semblables, il oeuvrait pourtant pour que l'individu accède à une pensée saine. Si on ne peut pas parler de déception, un suicide serait alors la négation de tout ce qu'il avait entrepris, ce serait la négation de sa vie.
- En somme, dit le mécanicien, il n'avait pas le choix pour rester en accord avec lui - même...
- Si, il l'avait en ce sens que ce n'était pas rester en harmonie, en cohérence avec sa pensée pour lui - même qui était l'essentiel ; on peut considérer sa mort et surtout la façon dont il l'assuma comme le point d'orgue de sa pédagogie, un point d'orgue qui souligne l'union indéfectible qui existe ou devrait exister entre l'homme et le concept de liberté, il souligne qu'il ne peut y avoir d'humain sans liberté. Refuser la liberté pour soi, c'est s'exclure de l'humanité, et la refuser pour l'autre , c'est aussi s'exclure de l'humanité...
A l'instant même où Lêgba prononçait ces paroles, un vibrant " Bonjour tout le monde ! " retentit ; les trois compagnons tournèrent la tête vers l'entrée du jardin d'où provenait l'exclamation et accueillirent l'auteur de cette joviale salutation. C'était Daniel, le fils du maître de maison qui rentrait de l'école. Le gamin avait découvert les amis de son oncle en même temps que ses parents ; très vite, il manifesté une grande affection aux dieux, et plus particulièrement à Lêgba ; celui - ci l'accueillit en répondant à sa jovialité :
- Tu es en grande forme ! lui lança - t - il.
- Ouais !
- Tu veux fouiller Fa ? C'est peu - être un bon jour pour toi aujourd'hui !
Fa et le mécanicien éclatèrent de rire ; ils le firent de plus belle quand ils entendirent le gamin répondre :
- Oh oui , je veux bien !
Pour Daniel en effet, l'élaboration des figures en tétragramme était un nouveau jeu. Quelques secondes plus tard, il prit un air désolé pour décliner l'offre ; avec regret, il dit :
- C'est que j'ai... un devoir de maths et un autre de physique à fouiller pour demain !
Lêgba se leva, volontaire, il s'offrit pour l'aider à résoudre ces petits problèmes.
- Allons - y ! dit simplement le dieu en entraînant le gamin vers la maison.
Ici se termine le carnet n° 5. A bientôt pour la suite. Paul G. Aclinou, Reims septembre 2001
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