Meurtrie
dans ma chair, meurtrie dans mon sang, je hurle ma
lancinante, ma poignante humiliation, car le mal me vient
des miens. A peine issue de couches pénibles
(d'où une sueur froide et gluante), voilà
que j'enterre déjà mes bébés
à la couleur pourpre car des mains assassines les
ont accueillis à la naissance.
Oh Allah ! A qui
gémir mon mal, la géhenne dans laquelle on
se plaît à me plonger sans cesse avec un
plaisir renouvelé, sinon à Vous ? Vers qui
pointer mon index accusateur ? Qui essuiera mes larmes
sanglantes, mes intarissables saignements, sinon Vous ?
De qui espérer l'oracle, le rai de lumière
prometteur et, de là, le nirvana, sinon de Vous ?
De tout temps, j'ai été croyante et
fidèle à vos dix commandements. Et
même s'il y en a d'autres, ma foi ne peut
être que plus forte, indubitable, et Vous le
savez.
Tous ces
mécréants, ces tueurs, ces violeurs, ces
poseurs de bombes, ces ôteurs de vie, de joie,
d'espoir, ont indûment infesté ma paisible
demeure et en ont fait un abattoir notoire. Leur mission
féodale a perturbé ma convalescence,
étouffé mon bonheur d'être
mère, m'empêchant de donner mon lait - blanc
autant que l'est mon sein - et de nommer ma
progéniture. Mes entrailles sont en feu et une
peur sourde leur sert de soufflet. Qu'adviendra-t-il
demain ? Quel sera le verdict si je décide
d'offrir à la vie d'autres ftus ?
Interrogation qui me martèle dangereusement les
tempes et à laquelle je crains une
éventuelle réponse. Leurs laïus
trompeurs ne m'impressionnent plus, ne me mettent plus en
confiance, et m'incitent à la plus terrible des
vengeances !
Mais je reviens
et je me dis : me venger de qui ? De mes autres enfants ?
De mes aînés, qui ont joui de ce même
lait nourricier que je prodigue à mes
derniers-nés ? Des cinq doigts de la main, duquel
peut-on se passer ? Les fruits de mon arbre, l'espoir de
toute une nation
Oh Allah !
Insufflez-moi de votre miséricorde le don de
tolérer l'intolérable, ou bien secouez-moi
de l'un de vos séismes qui m'alignera
éternellement devant mes millions de filles et de
garçons !
Karima BOUACHRI